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Lectures > Période du Triode de Carême > Dimanche du Triomphe de l’Orthodoxie



Nous nous prosternons devant ta pure image, ô Dieu bon. Nous implorons le pardon de nos fautes, Christ notre Dieu. Car Tu as consenti, dans ta chair, à monter sur la Croix, afin de sauver de la servitude de l’ennemi ceux que Tu avais créés. C’est pourquoi nous Te crions, dans notre gratitude’ : Tu as tout rempli de joie, ô notre Sauveur, en venant sauver le monde. (Tropaire )


Epître : Hb 11, 24-26, 32-12, 2 et Evangile : Jn 1, 43-51

Homélie

Epître de Saint Paul aux Hébreux, chapitre XI, versets 24 à 26 et du verset 32 au verset 2 du chapitre XII

Par la foi, Moïse, devenu grand, refusa d’être appelé fils d’une fille d’un Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que de connaître la jouissance éphémère du péché, estimant comme une richesse supérieure aux trésors de l’Egypte l’opprobre du Christ. Il avait, en effet, les yeux fixés sur la récompense. Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait si je racontais ce qui concerne Gédéon, Baraq, Samson, Jephté, David, ainsi que Samuel et les Prophètes, eux qui, grâce à la foi, soumirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent l’accomplissement des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la violence du feu, échappèrent au tranchant du glaive, furent rendus vigoureux, de malades qu’ils étaient, montrèrent de la vaillance à la guerre, refoulèrent les invasions étrangères. Des femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection. Les uns se sont laissé torturer, refusant leur délivrance afin d’obtenir une meilleure résurrection. D’autres subirent l’épreuve des dérisions et des fouets, et même celle des chaînes et de la prison. Ils ont été lapidés, sciés, ils ont péri par le glaive, ils sont allés çà et là, sous des peaux de moutons et des toisons de chèvres, dénués, opprimés, maltraités, eux dont le monde était indigne, errant dans les déserts, les montagnes, les cavernes, les antres de la terre. Et tous ceux-là, bien qu’ils aient reçu un bon témoignage à cause de leur foi, ne bénéficièrent pas de la promesse : c’est que Dieu prévoyait pour nous un sort meilleur, et ils ne devaient pas parvenir sans nous à la perfection. Voilà donc pourquoi nous aussi, enveloppés que nous sommes d’une si grande nuée de témoins, nous devons rejeter tout fardeau et le péché qui nous assiège et courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant nos yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus, qui au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont il méprisa l’infamie, et qui est assis désormais à la droite du trône de Dieu.

Evangile de Saint Jean, chapitre I, versets 43 à 51

Le lendemain, Jésus résolut de partir pour la Galilée ; il rencontre Philippe et lui dit : "Suis-moi !" Philippe était de Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre. Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : "Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l’avons trouvé : Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth." Nathanaël lui dit : "De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ?" Philippe lui dit : "Viens et vois." Jésus vit Nathanaël venir vers lui et il dit de lui : "Voici vraiment un Israélite sans détours." Nathanaël lui dit : "D’où me connais-tu ?" Jésus lui répondit : "Avant que Philippe t’appelât, quant tu étais sous le figuier, je t’ai vu." Nathanaël reprit : "Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël." Jésus lui répondit : "Parce que je t’ai dit : Je t’ai vu sous le figuier, tu crois ! Tu verras mieux encore." Et il lui dit : "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme."

Homélie de Mgr Joaquim Giosanu, 1995

Nous célébrons aujourd’hui le premier des cinq dimanches du Carême pascal, appelé dimanche du triomphe de l’orthodoxie, car il consacre la victoire de la vérité orthodoxe sur les iconoclastes, avec le rétablissement de la vénération des icônes, et plus généralement, la victoire de la vérité sur toutes les erreurs doctrinales.

Le passage de l’évangile, offert aujourd’hui à notre méditation, ne semble pas, à première vue, avoir un rapport direct avec la vénération des icônes ou avec la fidélité à l’égard de la vérité. Le thème principal en est la rencontre de l’homme avec le Seigneur. C’est la rencontre de l’apôtre Philippe et celle de Nathanaël avec le Christ. Nathanaël, dès qu’il rencontre le Christ, reconnaît en lui le visage du Fils de Dieu l’icône du Père : “Rabi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël”, nous voyons ainsi apparaître le thème de ce jour.

Le but même de la venue du Christ sur la terre est de restaurer cette image de Dieu tout d’abord dans le Christ lui même et ensuite en tout homme. “Jésus s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu”. Dieu a versé de son amour pour que l’homme vive cette dimension d’amour en lui-même et avec autrui. Dieu vient pour restaurer cet amour dans l’homme, restaurer l’image de Dieu en chaque homme sur la terre. Pour que cela soit possible, il faut tout d’abord que nous reconnaissions dans le Verbe de Dieu l’image de Dieu qui se rend visible pour restaurer l’image de Dieu dans l’homme, image pervertie par le péché. Restaurer cette image signifie la rendre visible, rayonnante, nettoyer tout ce qui l’empêche de briller et de transparaître.

Comme vous le savez, pour restaurer une icône il faut enlever minutieusement, centimètre par centimètre toutes les saletés afin de retrouver la couche de peinture primitive.

De la même façon l’homme doit renouveler l’icône qui est dans son être et la rendre brillante et digne d’avoir en face d’elle l’icône du Fils de Dieu, icône de la Sainte Trinité.

L’Orthodoxie que nous fêtons aujourd’hui n’est rien d’autre que cette plénitude de vie divine qui nous est offerte et que nous devons tout d’abord accueillir en nous, comme une semence. Nathanaël a mis l’image du Christ en son cœur et il a commencé à se transformer. Mettre le Christ en nous, c’est aussi le faire naître, le faire apparaître afin qu’il nous transforme, qu’il nous pénètre de sa douceur, de sa grâce. C’est cela l’Orthodoxie, c’est cette plénitude de la vie divine en nous, vie dans laquelle nous comprenons la parole de St Paul : “Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi” ou celle de St Jean le Baptiste : “Lui, il doit grandir et moi je dois diminuer”. C’est-à-dire que notre existence entière doit être un transfert constant, dans lequel le vieil homme en nous doit mourir et l’homme nouveau, le Christ doit naître, grandir, s’instaurer et siéger sur le trône divin qu’est notre cœur.

Cette Orthodoxie dont nous sommes porteurs nous en sommes également les témoins, car c’est en chacun de nous que s’opère ce lien d’amitié et d’amour avec Dieu, avec le Christ, dans la puissance du Saint Esprit.

Le mot d’ordre aujourd’hui est donc : grandir dans le Christ, non seulement personnellement, dans notre individualité propre, mais aussi tous ensemble, car l’Orthodoxie c’est l’Église et l’Église ce n’est pas seulement cette communauté ici présente rassemblée dans le mystère du Christ, ce sont aussi les saints du passé et du présent, ce sont les défunts, tous ceux qui se sont nourris du corps du Christ, tous ceux qui ont été abreuvés de son sang, tous ceux qui ont été immergés, baignés dans l’eau vive de l’Esprit Saint.

L’Église est cette totalité, cette plénitude dans laquelle tous les hommes sont appelés à entrer, à vivre. Les limites de l’Église sont un mystère, nous ne les connaissons pas, elles nous dépassent. Nous n’avons pas à juger, nous n’avons pas à enfermer qui que ce soit en dehors de l’Église. L’Église est là accueillante, appelant et invitant à rencontrer le Christ, à le découvrir et à lui faire allégeance.

L’orthodoxie devient alors une orthodoxie vivante, l’orthodoxie de notre communauté, liée à toutes les autres communautés de la terre et nous en témoignons, comme le faisaient les anciens chrétiens dont on disait : “regardez comme ils s’aiment”. L’amour des chrétiens non seulement entre eux dans la communauté, mais rayonnant en dehors de la communauté, était et doit être le signe véritable, le symbole, la vérification aussi de la vérité même de l’Église. Sans amour la vérité de l’orthodoxie est une vérité froide et morte.

Que Dieu nous aide à garder intacte l’orthodoxie que nous avons reçue de nos ancêtres et que nos enfants se réjouissent, eux aussi, de recevoir de nous, ce trésor inestimable qui nous plonge dan la vie éternelle.




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